Perspective d’un avocat en immigration au Québec : Survol des obligations des employeurs en droit de l’immigration

Temps de lecture : 8 min 3s
30 juillet, 2023

Chez Galileo Partners nos avocats en immigration conseillent des entreprises du Québec et du Canada en matière d’immigration tous les jours. Chaque année nous recevons des dizaines de demandes d’intervention de nos clients qui font l’objet d’une « inspection de conformité » de la part des services d’immigration.

*Les informations contenues dans cet article sont à jour à la date de sa publication.

Les entreprises ont donc des obligations à respecter en matière d’immigration?

Oui, c’est le cas et c’est souvent une réalité malheureusement méconnue des employeurs. Tous les employeurs qui embauchent des travailleurs étrangers souscrivent à des obligations en vertu de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés (L.C. 2001, ch. 27). Puisque cette loi est une loi dite d’ordre public, tous les employeurs sont tenus de la respecter. Cette loi est également assortie de pénalités en cas de contravention. Le sujet des obligations des employeurs en matière d’immigration en est un complexe que nous ne pourrons pas explorer en détail dans cet article.

Explorons donc un régime d’inspection avec lequel nous interagissons régulièrement en pratique, soit celui administré par Emploi et développement social Canada (EDSC) qui assure la gestion du programme des travailleurs étrangers temporaire (PTET). Pour vous situer, le programme des travailleurs étrangers temporaires est celui qui nécessite l’approbation d’une Évaluation d’impact sur le Marché du Travail (EIMT) et d’un Certificat d’acceptation du Québec (CAQ) préalable à l’obtention d’un permis de travail. On retrouve le cadre juridique de ce régime de conformité aux articles 209.1 et suivants du Règlement sur l’immigration et la protection des réfugiés, DORS/2002-227.

Quelles sont les obligations de l’employeur?

Pour simplifier, l’employeur est tenu de se conformer à l’offre d’emploi faite à chaque travailleur étranger dans le cadre de l’EIMT approuvée par EDSC et constatée sur le permis de travail émis au travailleur.
Par exemple, si l’EIMT positive associée au poste du travailleur étranger indique que le travailleur occupe un poste de préposé à l’entretien ménager pour Ménages Express Inc. (nom fictif), que son lieu d’emploi est à Laval, au Québec et qu’il sera rémunéré sur la base d’un salaire horaire de 17,00$ de l’heure; l’employeur est tenu de respecter l’ensemble de ces conditions pour toute la durée de l’emploi.
Pour illustrer une situation qui ne serait possiblement pas conforme pour Ménages Express Inc; le travailleur ne pourrait pas recevoir une prime de 5,00$ supplémentaire lorsqu’il travaille la fin de semaine à moins que ce ne soit expressément prévu dans l’EIMT.
L’employeur est également tenu de respecter d’autres conditions d’office, incluant notamment les suivantes :

  • L’employeur doit s’assurer que le travailleur étranger est véritablement actif dans l’entreprise qui a présenté la demande d’EIMT;
  • L’employeur doit respecter les règlements provinciaux régissant le travail dans la province;
  • L’employeur doit rendre disponible au travailleur, au plus tard au premier jour d’emploi, une copie des renseignements les plus récents concernant les droits du travailleur étranger au Canada, dans les deux langues officielles;
  • L’employeur ne doit pas percevoir les frais de recrutement de la part de travailleur étranger.

Pourquoi mon entreprise serait-elle soumise à une inspection par EDSC?

EDSC peut inspecter les entreprises utilisant le programme des travailleurs étrangers temporaires à tout moment durant le séjour du travailleur étranger temporaire au Canada et jusqu’à 6 ans après la date de délivrance d’un permis de travail à un travailleur étranger. L’employeur est d’ailleurs tenu de conserver la documentation nécessaire à la démonstration de la conformité pour toute la période assujettie à une inspection.

EDSC procède régulièrement à des inspections aléatoires. Les inspections peuvent aussi être déclenchées par un signalement provenant du travailleur, d’un tiers ou d’une autre agence gouvernementale. En 2022, 33% des inspections faites par EDSC ont été faites sur la base de signalements. Souvent les signalements sont relatifs aux conditions de travail qui divergent de celles déclarées dans l’EIMT.

Comment savoir si mon entreprise fait l’objet d’une inspection d’EDSC?

Habituellement, vous recevrez une communication assortie d’un délai de réponse de la part d’EDSC. Cette communication est suivie d’une annexe comportant une série de questions. Un agent d’EDSC peut également visiter votre entreprise en personne sur votre lieu de travail. Cette manière de procéder est plus rare.

Les pouvoirs des inspecteurs d’EDSC sont larges. Notamment afin de vérifier le respect des conditions de l’emploi, l’agent d’EDSC peut entrer dans tout lieu où un travailleur étranger exerce un emploi pour en faire l’inspection. À cette fin, il peut également:

poser toute question pertinente à l’employeur et à toute personne qu’il emploie;
exiger de l’employeur, en vue de l’examiner, tout document qui se trouve dans le lieu;

  • poser toute question pertinente à l’employeur et à toute personne qu’il emploie;
  • exiger de l’employeur, en vue de l’examiner, tout document qui se trouve dans le lieu;
  • utiliser le matériel de reproduction qui se trouve dans le lieu ou exiger de l’employeur qu’il fasse des copies de documents et emporter les reproductions pour examen ou, s’il n’est pas possible de reproduire les documents dans le lieu, les emporter aux fins de reproduction;
  • prendre des photographies et effectuer des enregistrements vidéo et audio;
  • examiner toute chose qui se trouve dans le lieu;
  • exiger de l’employeur que ce dernier utilise tout ordinateur ou autre dispositif électronique qui se trouve dans le lieu pour que l’agent puisse examiner les documents pertinents qu’il contient ou auxquels il donne accès;
  • se faire accompagner ou assister par toute personne dont le concours est nécessaire lorsqu’il se trouve dans le lieu1.

L’employeur est donc tenu de collaborer avec l’agent qui procède à l’inspection, notamment en répondant aux communications d’EDSC dans les délais impartis.

Quelles sont les conséquences d’une situation de non-conformité pour l’employeur?

EDSC base le régime de sanctions associé à une situation de non-conformité sur un système de points décrit en annexe au Règlement sur l’immigration et la protection des réfugiés. La grille de points pondère la gravité de chaque type de violation. La pondération est également plus sévère en cas de récidive.
Les pénalités sont ensuite accordées selon le nombre de points associés à l’infraction. Les pénalités se situent sur deux axes; les pénalités pécuniaires et les exclusions de l’employeur du Programme des Travailleurs étrangers temporaires. Pour les infractions les moins graves, un simple avertissement est parfois émis.

Or, le régime prévoit que les pénalités pouvant aller jusqu’à une exclusion permanente du PTET et jusqu’à une pénalité maximale de 100 000$ par violation (pour un maximum cumulatif de 1 000 000$ canadiens).

Que faire en cas d’inspection, ou si mon entreprise ne respecte pas ses obligations en tant qu’employeur en matière d’immigration?

En cas d’inspection, assurez-vous de répondre rapidement, de manière véridique et complète à l’agent d’EDSC. Si vous constatez qu’une situation de non-conformité est présente, la consultation d’un avocat en immigration est avisée.

L’avocat en immigration vous permettra d’évaluer vos options et de collaborer avec les services d’inspections d’EDSC. Dans certains cas, il est possible de mettre l’entreprise en situation de conformité malgré une situation de non-conformité initiale constatée par EDSC.

Si vous constatez que votre entreprise n’est pas en situation de conformité avant même qu’une inspection soit déclenchée, il est également recommandé de consulter un avocat pour évaluer vos options. Dans certains cas, une divulgation volontaire de la non-conformité est recommandée, mais une évaluation au cas par cas est recommandable avant de procéder.

Que dois-je faire si mon entreprise est soumise à une inspection similaire de la part d’Immigration Réfugiés et Citoyenneté Canada?

Immigration Réfugiées et Citoyenneté Canada (IRCC) administre la conformité d’autres programmes d’immigration temporaire dont le Programme de Mobilité Internationale (PMI). Le PMI inclut notamment les permis de travails issus de transferts intra société, les permis de travails pour professionnels et les permis de travails pour investisseurs.

Le programme de conformité des employeurs administré par IRCC est similaire à celui d’EDSC, en ce qui concerne les principes de conformité, les obligations de l’employeur, le système d’inspection, les pouvoirs de l’agent et le système de sanctions. Nos recommandations sont essentiellement les mêmes que celles émises pour les inspections d’EDSC.

Les employeurs qui souhaitent connaitre leurs obligations sous le PTET et s’y conformer peuvent consulter notre outil d’autodiagnostic gratuit à télécharger. En effet, en tant qu’employeur qui embauche des travailleurs étrangers temporaires, il est important de connaitre ses obligations.

Notre équipe d’avocats est spécialisée en droit en immigration et représente exclusivement des employeurs en cette matière. Pour toute question relative à la conformité en matière d’immigration ou en cas d’inspection, n’hésitez pas à contacter notre équipe.


1Règlement sur l’immigration et la protection des réfugiés DORS/2002-227, art 209.9 (2)

À propos de Nicolas Simard-Lafontaine

Avocat en immigration d’affaires à Montréal — Canada & Québec

Nicolas Simard-Lafontaine est avocat associé fondateur de Galileo Partners à Montréal; l’un des cabinets les plus reconnus en immigration d’affaires au Canada. Membre du Barreau du Québec depuis 2014; il consacre l’ensemble de sa pratique au droit de l’immigration des affaires; conseillant des entreprises; des entrepreneurs et des gens d’affaires sur leurs projets de mobilité internationale au Canada; au Québec et aux États-Unis. Reconnu dans les palmarès Chambers & Partners; Best Lawyers Canada et Lexology; il est régulièrement cité parmi les avocats les plus recommandés en immigration d’affaires au pays. Son approche combine une maîtrise technique du droit de l’immigration à une compréhension fine des réalités d’affaires; ce qui lui permet d’intervenir de manière stratégique dans des dossiers complexes à fort impact opérationnel.

Principaux domaines de pratique

  • Stratégies d’immigration pour les entreprises au Canada et au Québec
  • Stratégies d’immigration au Québec (programmes temporaires et permanents)
  • Permis de travail et Évaluations d’impact sur le marché du travail (EIMT)
  • Programme de mobilité internationale (PMI) et Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET)
  • Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) et Certificat de sélection du Québec (CSQ)
  • Résidence permanente et mobilité internationale des travailleurs
  • Conformité des employeurs en immigration; inspections et représentations gouvernementales
  • Immigration d’affaires vers les États-Unis; en collaboration avec l’équipe juridique américaine de Galileo
  • Immigration pour entrepreneurs; investisseurs et gens d’affaires
  • Implantation d’activités au Canada et aux États-Unis

Parcours professionnel

Titulaire d’un baccalauréat en administration des affaires (B.A.A.) de HEC Montréal (2008) et d’un baccalauréat en droit (LL.B.) de l’Université de Sherbrooke (2012); Nicolas Simard-Lafontaine apporte à sa pratique juridique une perspective d’affaires rare; nourrie par une double formation en gestion et en droit.

Admis au Barreau du Québec en 2014; il a d’abord exercé au sein de l’équipe d’immigration d’affaires d’un cabinet d’avocats international à Montréal; avant de cofonder Galileo Partners en septembre 2016 avec trois associés. Galileo Partners est aujourd’hui classé parmi les 10 meilleurs cabinets en immigration au Canada par le Canadian Lawyer Magazine; une reconnaissance qui reflète la qualité et la profondeur de l’expertise développée par l’équipe depuis sa fondation.

Depuis lors; Nicolas pratique exclusivement en immigration d’affaires et siège au comité de direction du cabinet; où il contribue activement à la stratégie de croissance et à l’amélioration continue des opérations. Il intervient directement dans des dossiers sensibles ou complexes; notamment pour des clients des secteurs du génie civil; de la construction; de la fabrication et des technologies. Il accompagne des employeurs dont les opérations s’étendent à l’ensemble du Québec et du Canada; notamment en Estrie; dans la région de la Capitale-Nationale; en Mauricie; en Beauce; en Gaspésie; en Outaouais; en Montérégie et dans les Laurentides; ainsi que dans les grands centres urbains canadiens.

Son approche est résolument stratégique et à long terme; permettant aux employeurs de naviguer avec clarté dans leurs projets comportant des composantes d’immigration; qu’il s’agisse de l’ouverture d’une nouvelle usine; de l’acquisition d’une entreprise canadienne par un groupe étranger; de l’implantation d’activités au Canada ou aux États-Unis; ou de la structuration de programmes internes de gestion de la main-d’œuvre étrangère. Il accompagne également; à l’occasion; des entrepreneurs; des investisseurs et des personnes d’affaires qui souhaitent s’établir ou développer leurs activités au Canada.

Dans les dossiers comportant une dimension américaine; Nicolas collabore étroitement avec les avocats en immigration américaine de Galileo Partners; offrant ainsi à ses clients un service intégré couvrant la mobilité transfrontalière Canada – États-Unis.

Distinctions professionnelles

  • Chambers & Partners — Reconnu en droit de l’immigration au Canada
  • Best Lawyers Canada — Reconnu en droit de l’immigration (édition 2026)
  • Lexology — Reconnu en droit de l’immigration

Publications et interventions publiques

Auteur régulier sur le blogue de Galileo Partners et contributeur aux publications de l’Association canadienne des avocats en immigration (CILA); Nicolas Simard-Lafontaine publie des analyses approfondies sur les développements en droit de l’immigration canadien et québécois. Ses articles récents portent notamment sur l’analyse critique du Plan d’immigration 2026 du Québec; le déploiement du Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) comme principale voie de résidence permanente au Québec; ainsi que les nouvelles orientations du gouvernement canadien en matière d’inspections et d’amendes sous le Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET).

Implications professionnelles & communautaires

Nicolas Simard-Lafontaine s’implique activement dans la communauté juridique en immigration. Il a siégé au conseil d’administration de l’Association canadienne des avocats en immigration (CILA) pendant cinq ans (2020-2025); dont un mandat à titre de co-président (2022-2023). Dans le cadre de ces fonctions; il a contribué activement à la rédaction de lettres de représentation aux ministères; à la publication d’articles de politique et à la participation à des rencontres avec les agences gouvernementales impliquées dans le système d’immigration canadien.

Affiliations professionnelles

  • Barreau du Québec (membre depuis 2014)
  • Association canadienne des avocats en immigration (CILA) — Co-président (2022-2023); Membre du conseil d’administration (2020-2025)
  • Association du Barreau canadien (ABC)
  • Association québécoise des avocats et avocates en droit de l’immigration (AQAADI)
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